Thursday Feb 6th

Mésaventure.

Aujourd'hui, en prenant le métro, j'ai perdu mon ordinateur.

Ma journée a commencé ainsi. Par ce drame.

La scène:

Entre deux trains, je suis assise sur un banc, sur un des nombreux quais de la 42e rue.

Time Square, la plus grosse station de Manhattan où transitent toutes les lignes de métro de la ville, soixante millions de personnes y passent chaque année.

Une fourmilière. Une cohue permanente.

Mon sac n'était pas assez grand pour contenir mon ordi alors il est dans sa housse, entre mes jambes, par terre. J'envoie des textos, je lis un peu. Puis, quelqu'un passe très vite devant moi et tape dans mon pied, je suis plongée dans ma lecture, ne prête pas attention.

Mon métro est là, je me lève, fais un pas, mon ordinateur a disparu...

 

Autant dire qu'une partie de ma vie vient de sombrer dans l'oubli.

Ma tête tourne, je regarde dans tous les sens. Chamade douloureuse dans ma poitrine. Je longe le quai, m'accroupis pour regarder sous le banc, refais le chemin qui m'a menée là, mes jambes ne me tiennent plus...

Ce manège dure dix bonnes minutes. Je suis épuisée d'inquiétude.

J'ai envie de hurler, mais je transpire silencieusement.

Je repense à ce type qui m'a bousculée et me dit qu'il a dû être très rapide, je n'ai rien vu...puis, je songe à tout ce qu'il y a dans cette petite machine, tous mes cours, toutes mes photos, ma bibliothèque de musique, des enregistrements de la voix d'Olivia quand elle était petite, des compos, des idées, des projets.

Il est tout neuf cet ordinateur, je me le suis offert en juillet dernier, et me suis endettée pour longtemps.

Un instant, je maudis la technologie et toute cette dépendance qu'elle entraîne avec elle, parfois.

Car, cela me désole de l'admettre, mais je ne peux pas me passer de cet objet.

Un second métro ouvre bruyamment ses portes. La mort dans l'âme, je monte à son bord.

Le quai s'éloigne à toute vitesse et j'entre alors dans une phase d'auto-coaching effréné.

Très, très triste, quand même. Et personne à qui le dire.

J'arrive à Harlem. 148e rue, terminus de la ligne 3. 

Sur le quai, je croise un contôleur. Et, comme ça, je me dis que peut-être, si bien sûr l'on croit aux miracles, il pourra m'aider. Je lui explique qu'on a volé mon ordinateur. Il me demande de le suivre vers le bureau de la station. Et c'est là que les choses se compliquent...

Une dame, tout droit sortie d'un tableau de Botéro, plantée derrière le comptoir, me demande alors:

"Vous l'avez perdu ou on vous l'a volé?"

Je suis alors paniquée, sous le choc, et je réponds qu'on me l'a volé. Elle enchaîne:

"Quelqu'un vous l'a pris des mains? "

En moins d'une seconde, je m'entends lui répondre par l'affirmative. Je mens. Je viens de mentir. Mais à ce moment-là, tout ce que je veux c'est de l'aide, et j'ai si peur du ridicule, si honte de dire que je l'ai posé par terre, si honte de ne pas y avoir fait attention, que je laisse jaillir ce "oui ".

L'instant d'après, je regrette. La demie seconde qui suit, je m'en veux de ne pas avoir dit la vérité. Personne ne m'a arraché mon ordinateur des mains. Personne. Il a disparu. Point. La dame appelle la police et répète ce que je viens de lui dire. Deux officiers arrivent alors et m'embarquent avec eux, direction le commissariat de Harlem.

Je fais face aux questions des policiers, je ne sais plus comment faire pour dire qu'en fait, non, ce n'est pas tout à fait ça. Au lieu de cela, je dis que je n'ai pas vu le type, il a pris mon ordi, c'est tout. Mes mains sont moites, je ne supporte pas le mensonge. Mais je ne parviens pas à faire marche arrière. Un policier dit alors que les caméras sont partout et qu'on aura tôt fait de repérer la canaille.

Catastrophe. 

On m'envoie alors, accompagnée de deux autres policiers sur la 59e, au commissariat central pour finaliser ma déposition. Dans la voiture, je suis proche du malaise, il faut à tout prix dire la vérité.

C'est un inspecteur en civil qui me reçoit alors dans son bureau, mes mains tremblent et je bredouille alors:

"Sir, I think I've made a mistake...I feel stupid, I need to tell you the truth, it didn't really happened that way "

Il me regarde alors fixement, et entre dans une colère noire. Son regard me glace.

Il faut savoir qu'en terme de mensonges, j'ai toujours été nulle. Nulle, mais nulle. Je ne sais pas faire. Le peu de fois où j'ai essayé, je me suis faite attrapée, systématiquement.

Ce que me dit le policier me tétanise " You know I can have you arrested right now/ You know what a false report would cost you here ?/ Stop talking ! ", mais je lui ai dit la vérité, mon esprit est un tout petit peu plus tranquille. Tout p'tit peu...

Un instant, il croit que j'ai fait ça pour obtenir de l'argent de mon assurance, mais je lui dis que je ne suis pas assurée, que j'ai dit ça parce que j'avais peur qu'on me trouve ridicule et qu'on ne m'aide pas. Il m'ordonne de me taire. Je m'exécute...

Il sort, furieux, et je l'entends raconter l'histoire à ses collègues dans le couloir. Certains passent la tête par la porte et me regardent d'un air surpris. Je reste pétrifiée sur ma chaise. Puis, l'un d'entre eux, en civil aussi, s'approche et me demande pourquoi j'ai fait ça. Je suis alors totalement liquéfiée, je disparais de moi-même, les bruits autour ne sont que des murmures sourds et indistincts. Je vais mourir, là.

C'est alors que l'inspecteur revient et me crie "Ils ont votre p... d'ordinateur au commissariat de la 42e! Quelqu'un l'a ramené! "

Les émotions se bousculent tellement en moi que j'en ai mal au coeur. Je me confonds en excuses, c'est tout ce qui sort de moi, des excuses et encore des excuses.

Le second officier me ramène alors à Time Square, sur la 42e. Dans le métro, je lui dis que je suis prof, que je suis censée être un exemple à suivre, que je ne me remettrai jamais de cette journée, de cette honte. Il rit. Je n'en reviens pas, il rit. Il me dit que j'ai paniqué, que ce sont des choses qui arrivent, mais que son collègue était à deux doigts de me passer les menottes... Je tressaille.

Une fois là-bas, penché sur l'écran, il regarde le film de la caméra de surveillance. Je suis de l'autre côté du bureau, il me décrit la scène. On me voit m'assoir sur un premier banc, puis me lever, ouvrir mon plan de métro et m'assoir ailleurs, en laissant mon ordinateur sur le banc que je quitte. Il éclate de rire: "Regardez-moi ça, vous partez en laissant votre ordinateur..."

Je me désole. Je suis consternée, affligée, contrite.

Quelques minutes après mon départ, une personne que je ne pourrai jamais remercier, a trouvé mon ordinateur près d'elle sur le banc. Elle l'a monté jusqu'au commissariat, tout en haut de la station. Car, pour s'y rendre depuis le quai, il faut traverser un long couloir, monter trois escaliers raides, puis longer une coursive. Elle s'est peut-être mise en retard, elle aurait pu se dire qu'un MacBook, ça fait plaisir... mais elle l'a donné à la police.

Voici donc une des, si ce n'est la plus forte, la plus terrible leçon de ma vie.

Peur du ridicule?... Plus jamais.

A présent, il faut songer à se racheter, d'une manière ou d'une autre...

 

What an interesting little prison we build

from the invisible bricks of other people's opinion.



Jacob Nordby 

Friday Feb 7th

Une tempête de neige se prépare.

Blizzard. Impossible de mettre le nez dehors.

Je profite de ce temps pour skyper, ajouter quelques liens sur la page Music & Arts du site, puis préparer le concert du 15 février qui promet d'être énorme. Les Québecquois m'ont invitée à revenir... 

Nous allons être une grosse équipe à jouer pour des centaines de danseurs, au Cabaret du Lion d'Or, à Montréal...























Le Lion d'Or est un lieu mythique pour les Montréalais, il a ouvert ses portes en 1930. C'est un haut-lieu de la culture Music-Hall, là-bas. Peggy Lee s'y est produite dans les années cinquante à l'instar de nombreux autres artistes. Aujourd'hui, c'est une salle de spectacle réputée.

Gad Elmaleh y jouait en novembre dernier.

Il paraît qu'on trouve sous la scène des loges magnifiques...



































Aurélien et Luc, qui n'ont finalement pas pu venir me voir ici, seront aussi présents sur scène et je me réjouis de les retrouver, mes petits frères du froid. 

Plus qu'une semaine.

 

 

Saturday Feb 9th

The past only comes back when the present runs so smoothly that it is like the sliding surface of a deep river. Then one sees through the surface to the depths. In those moments I find one of my greatest satisfactions, not that I am thinking of the past; but it is then that I am living most fully in the present.—

Virginia Woolf

“A Sketch of the Past”

J'avoue avoir un peu de mal à me remettre de mon passage au commissariat.

Les cris du policier, cette tension, ces émotions mêlées. J'en rêve la nuit. 

Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on a fait une bêtise, on y repense amèrement.

Les policiers de Harlem, ceux qui m'ont reçue en premier, ont été vraiment gentils, et je voudrais m'excuser.

Mais... Je m'imagine mal débarquer, bouquet de fleurs et boîte de chocolat à la main.

"Hi, guys, just passed by to say I lied to you but you know, I'm really sorry about it..."

Alors, je cherche autre chose.

D'autres idées seraient les bienvenues...



Le travail, la recherche, les bouquins et les films sont de confortables refuges dans ces cas-là.

Tempête oblige, je ne suis descendue qu'une seule fois chez le petit Indien, pour acheter deux, trois broutilles.

Le reste du temps, j'ai écouté des interviews d'artistes (Brad Mehldau, Brian Blade, Luciano Pavarotti et Janis Joplin - encore des histoires de vies) au chaud, et me suis replongée dans Martin Dressler en repensant aux inoubliables cours magistraux de Nathalie Cochoy, prof-fée-soeur modèle, à la fac.

Il neige, le vent souffle, et Steven Millhauser me tient compagnie.

Merci encore, Nathalie.



Ce temps qui passe est ma liberté, je n'avais jamais vécu cela.

Un temps dédié à toutes mes envies. Très peu de contraintes. Pas une seule fois je n'ai ressenti cela ou alors, peut-être très petite fille, en grandes vacances, quand on a l'impression qu'elles vont durer toujours.

Parfois, ça me donne le vertige...

Je suis aux commandes. Personne d'autre ne décide à ma place. Pas d'emploi du temps, pas de montre.

Le matin, souvent, avant de sortir, j'ouvre mon guide au hasard... 

La page sur laquelle je tombe devient alors mon programme pour la journée.

Je me balade ainsi au gré des pages et du hasard, me perds dans la ville.

Tiens, une belle librairie, entrons. Une friperie, une galerie, une chocolaterie... Mon coeur guide.

Il a été bien malade l'année dernière, alors, j'essaie de me racheter un peu, je lui fais du bien.

Chemin faisant, je me dis que plus jamais je n'aurai l'occasion d'être aussi libre et insouciante, et cela fait toujours naître un sourire, ou un soupir.



Virginia Woolf donnait un nom à ces instants de prise de conscience du bonheur de vivre, un nom que j'adore, elle appelait cela:

Moments of Being.

Etre en train de vivre, littéralement, et en ressentir pleinement l'intensité.

Comme lorsqu'on tombe soudain très, très amoureux.

J'ai la chance, l'immense chance d'être amoureuse de ma vie, d'avoir fait le bon choix. C'était bien de partir. 



Je regarde tout de loin, à présent. Et cette vision, presque aérienne dédramatise ces petits tracas qui, il n'y a pas si longtemps, avaient le don de me pourrir l'existence, justement...



Chacun devrait avoir le droit à une année de voyage, de retraite, de pause dans sa vie.

Se construire, se reconstruire. Seul, et loin de tout. J'aimerais ça.

On aurait tous notre lot d'histoires et de petites anecdotes, d'expériences et de rencontres.





Sunday Feb 10th

Jamais je n'avais eu l'occasion d'observer de près un Italien en train de regarder un match de football.

Naples - Lazio Rome

Sursauts, grimaces, petits cris, interjections et grands gestes. On se lève. On se rassied. On fourre sa tête dans le canapé. On mord le coussin. On saute sur place. Puis on pleure. Presque.

Naples doit vaincre. La vie de Federico en dépend.

Autant le dire simplement, je n'ai jamais été versée dans la culture footballistique. Je n'ai donc aucun intérêt à tourner mon regard vers l'écran. Je n'ai d'yeux que pour Federico. Grand spectacle.

Je rejoins Maria dans la cuisine et l'on pouffe de rire.

✶                    ✶                    ✶

Ce matin, je regarde l'horloge de la cuisine et je pense à la masterclass de Marion Cowings.

Elle commence à 13h. Dimanche dernier, en rentrant, j'ai envoyé un mail à Marion...



Dear Marion,

I just wanted to thank you for these two fantastic sessions I attended at Smalls.

You've given me those little but nonetheless fantastic tips a singer always wishes to receive. You know, the kind of phrases one never forgets. I enjoyed listening to you singing and I hope I'll always be up to those things you taught me.

I'll stay in New York for a while but I must be careful with the money I spend, I don't have that much, actually.

This time here is unique for me. Before coming, I sold everything I had...
Thank you so very much for your support, passion and joy. You'll remain an outstanding example for me.
Marie-Louise ✩



Je prépare donc tristement un dimanche sans masterclass.

Mais à midi, texto de Marion: "Marie-Louise, please come. There will be no charge for you."

Il y a comme ça des gens qui vous tendent la main. Pour rien.

Ces marques d'humanité, de générosité désintéressée m'émeuvent aux larmes, chaque fois.

Je suis arrivée au Smalls essouflée mais à l'heure, et Marion, comme à son habitude, animé par la même passion, a parlé, chanté, mimé, traversé et retraversé la scène. Un bonheur de prof...



J'ai attendu que tout le monde soit parti, j'ai juste dit merci.

Il a pris mes mains dans les siennes, et m'a répondu une petite phrase. Courte et simple.

Une de celles qu'on garde toujours en mémoire, et qui donnent espoirs et forces...



Frank m'attend. Il parle d'une chanteuse qu'il veut me faire découvrir. Elle joue ce soir, dans un club près de Time Square, il dit. C'est la petite amie de Pat, un des contrebassistes de Arturo's. Nous prenons le métro ensemble, je lui raconte l'aventure de l'ordinateur. Imitations et suspens. Il n'en revient pas.

Il me dit, lui aussi, de passer le relai, de faire une belle et bonne action dès que l'occasion se présentera.

Il me tarde. 



C'est Gabrielle Stravelli, la fameuse petite amie de Pat. Et c'est au Birdland qu'elle se produit.

Ce lieu est mythique, presque sacré pour moi. Une partie de l'histoire du Jazz est là, sous mes pas.

Je me recueille discrètement...

Et, assise au bar, je reste bouche bée devant une telle maîtrise, une technique aussi précise.

Le silence règne, soudain. Cette voix s'élève, elle porte en elle des empreintes d'Ella, d'Helen Merrill,

un vibrato parfait et des glissandi soupirés. J'écoute avec délectation. 



Tony, John, et Wan, les amis de Frank nous attendent chez Marcella. 

La soirée se termine devant des linguine alle vongole, à écouter Tony discourir sur l'histoire de la Musique aux Etats-Unis. C'est sa plus grande fierté, il dit, la diversité musicale de son pays et les artistes qu'il a engendrés.

De Van Morrison à Fats Waller, puis de Otis Redding à Paul Mc Cartney, sa culture musicale m'époustoufle.

Il répond à toutes mes questions. Je lui parle d'interview, d'enregistrement, l'idée me plait tant.

Serait-il d'accord? Il grimace un peu...

Les autres s'exclament "Argh, come on Tony, you have such wonderful stories to tell..."

Flatté, Tony sourit. Et accepte. Encore un rendez-vous, griffonné dans mon agenda.

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Monday Feb 11th

Ce matin, Maria Teresa m'emmène au mall.

C'est à vingt minutes de marche de chez nous, au nord de Harlem, mais on a de quoi discuter, on ne verra pas passer le temps. 

A ma question "Tu crois que je trouverai des Kosher Dills?

(Les Kosher Dills constituent pour moi de vrais instants de ravissement. Ce sont de petits concombres marinés à la Russe, dont Romain Gary, dans La Promesse de l'Aube, fait une description alléchante. Je salive d'ailleurs à la seule pensée d'en déguster un), Maria ricane.

"There's nothing you can't find over there, believe me"...

Sac à dos et Converse, nous voilà parties à l'assaut de l'hypermarché...

En éternelle citadine, j'ai toujours préféré les commerces à taille humaine, mais j'accompagne ma coloc' volontiers pour satisfaire ma curiosité.



De l'autre côté du pont de l'autoroute s'étale donc, à perte de vue, une immense zone commerciale... Le bruit, le bêton, les escalators.

Alors, oui, l'usage de ces trois mots serait aussi justifié dans une description de Manhattan, cependant ici, point de charme, point d'Histoire. Des rayons et des rayons de produits de consommation, des étals d'aliments en tous genres, de la boustiffaille en veux-tu en voilà...

Du désir et de la tentation tous les cinquante centimètres.

Bombardées de messages publicitaires, nous entrons alors dans le royaume du superflu, l'antre de la l'excés, l'empire de  la consolation...

Tout me semble soudain immense. Les rayons sont larges, les caddies profonds, et les têtes de gondoles culminent dangereusement au dessus de nos têtes.

Maria Teresa, en grande habituée, avance à bon rythme, en jetant produits et autres denrées dans son panier à roulettes. Moi, j'ai huit ans. Je traîne les pieds, m'arrête devant un paquet de céréales multicolores-multigoûts-multivitaminées, le prend, le retourne, le repose pour m'arrêter à nouveau, deux mètres plus loin, devant des chips fluos.

Je n'aborderai pas ici l'état, proche du pythiatisme, qui fut le mien lors de mon passage au rayon chocolat...



Cette expédition est plus fatigante que toutes celles que j'ai entreprises dans la Grosse Pomme depuis mon arrivée. Je me sens dépassée par cette surabondance, écrasée par la quantité de choses qui donnent toujours envie d'autres choses...

J'essaye de résister, mais ça ne loupe pas : voilà que j'ai faim, maintenant.

Il faut me rendre à l'évidence, je suis une cible tout aussi vulnérable que les autres.

Et mon panier à moi aussi se remplit de petits achats inutiles...

La surconsommation, ça c'est fait.