Friday Jan 11th

Et soudain, toute la ville semble porter le trio de Michael Kanan. Le métro glisse sur les balais, les taxis klaxonnent à l'unisson, un homme chante dans la rue.



Je n'entends plus que les jolies choses.



Moment merveilleux et hors du temps que de chanter à leurs côtés.



Flottant, rêveuse, j'ai traversé la ville sous la pluie.



2h du matin.



 

✬ Michael Kanan ✬ Piano ✬ Neal Miner ✬ Bass ✬ Franck Levatino ✬ Drums ✬

1/4

Saturday Jan 12th

Ce qui frappe en premier lorsqu'on entre chez Arturo un samedi soir vers minuit, c'est le son.

D'abord, le bruit de la ville dehors s'évanouit...

Puis, au delà du bourdonnement des conversations, des verres qui s'entrechoquent, et des éclats de rires, il y a, dans le fond, la vibration d'une basse, laid back, des balais délicats, et un piano qui s'attarde, et colore tout l'espace. Cher Edward Hopper, j'entre dans un de vos tableaux...



"Arturo's is a place where time stands still ", me glisse Debbie. Elle vient ici depuis vingt ans. C'est un de ses endroits favoris dans cette crazy ville. "Je suis sûre, poursuit-elle, qu'il y avait des tas de lieux comme celui-ci dans les années cinquante. Mais aujourd'hui, cherchez bien, vous ne trouverez plus de telles ambiances à New York. C'est un havre, un recoin cotonneux "... Elle dit ça avec une pointe de nostalgie dans la voix.

Les gens qui m'entourent sont tous, ou presque, des habitués. 

La patronne, fille du fameux Arturo (mort dans les années quatre-vingt dix) est une petite femme ronde à la démarche boitillante, elle tient la maison avec un large sourire, passant de table en table, apostrophant les clients par leurs prénoms et demandant des nouvelles d'un qu'on n'a pas vu depuis longtemps, d'un autre qui vit dans le Vermont maintenant...

Angel, Lia et Angela, les serveurs, traversent la salle les bras chargés de pizzas généreuses.

Lia veut apprendre Come Prima en français, elle passe près de moi et me chante "Come Prima, tou mé donné, tant dé choi " en m'interrogeant du regard.



Je suis assise au bar. Un verre de Cabernet sur le zinc... Je n'ai d'yeux que pour les musiciens. J'écoute. Il y a une telle finesse dans le jeu. La subtilité, la simplicité des chorus m'émeuvent. 

​Hier, je suis venue ici déjà, mais mon esprit était trop centré sur la perspective des morceaux qu'on allait me proposer, et je n'avais pas pris le temps de m'arrêter sur tous les petits détails, autour.

Là, ils palpitent, et mes yeux ne cessent de voyager.



Jimmy me reconnaît. Il m'accueille avec un doux "Hey, Marie-Louisss! Will you sing tonight?..." et me reparle de Blossom Dearie, dont j'ai écouté l'envoûtant Manhattan en boucle toute la journée. Je le laisse parler et il me fait alors le récit poétique de sa première expérience de chanteur, lorsqu'à cinq ans, il avait essayé d'imiter la voix de sa maman qui lui racontait des histoires. Il fait alors de petits gestes pour mimer les virages et les collines que la voix emprunte... et chante soudain un petit air gracieux.

Il travaille ici depuis trente-cinq ans. De temps à autre, il s'approche du piano, saisit doucement le micro et chante. Ce soir, il va troquer sa casquette noire brodée aux initiales de sa ville contre une veste queue de pie blanche et un canotier. Il va chanter Moon River. Ses amis l'y encouragent en criant son nom, les applaudissements se font entendre. 

Je vis un moment de béatitude.

Jimmy Lattegano est un être qui fait du bien. Il a de l'humour, beaucoup d'esprit et une grande humilité. 

C'est la deuxième fois seulement que je le rencontre, mais je reviendrai écouter ses histoires...

 

J'entends alors Mike appeler mon prénom. C'est à mon tour. Je pense à Jimmy, à ses collines, à sa rivière. Chanter, pour moi, c'est raconter, avant tout, c'est mettre les mots-notes au service d'une histoire. Je propose aux musiciens de jouer I Wish You Love. Et le batteur de sourire, "Sing it in French then! ".

Me voilà, dans Greenwich en train de chanter Que Reste t-il de Nos Amours... 



Jean passe la porte, sourire aux lèvres. Il est venu écouter. Nous dévorerons une pizza de bon coeur à deux heures du matin après un tour de chant.

Sunday Jan 13th

Préparation de ma valise. Demain, je déménage. L'appartement de Maria Teresa m'attend.

 

Je hais les dimanches. D'aussi loin que je me souvienne, je les ai toujours détestés. 

Celui-ci est gris, le ciel est bas, il enveloppe les tours d'un brouillard épais.

Je prends alors la ligne 4 sur la 51e, direction Battery Park, j'ai envie de voir l'océan...

 

Mais je descends un peu avant Bowling Green, pour visiter St Paul's Chapel. The little chapel that stood.

Datant de l'époque coloniale et toute proche de Ground Zero, elle a été épargnée le 11 septembre lorsque les tours du World Trade Center se sont effondrées... Hormis poussière et débris, elle n'a subi aucun dommage.

A l'époque, un extraordinaire centre de repos avait été ouvert 24h sur 24, pour plus de 14 000 bénévoles aidant à la remise en état. La chapelle était alors un refuge, un centre de soin, un lieu de repos et de soutien pour des centaines de sauveteurs.

Le souvenir du 11 septembre me revient avec violence, à travers les photos des disparus, les témoignages de soutien...

A quelques rues, Freedom Tower s'érige, toujours plus haut.

Et, encore un peu plus loin au sud, l'océan s'ouvre, et Lady Liberty se tient droite dans le vent. 

1/6

Monday Jan 14th

Départ inattendu. Demain, je me mets en route pour Washington, D.C.

Cyril, sa femme Tania, et leur petite fée Salomé m'accueillent les bras ouverts pour quelques jours.

Un peu de famille, de repas ensemble, de bavardages, de promenades, une grande maison avec une cheminée... 

Et l'investiture de Barack Obama, aussi, le 21. Je prépare mon matériel de photo-enregistrement-film pour faire un pur cours authentique à mes futurs élèves, en rentrant...

 

Et puis, il y a là bas, un petit projet qui m'attend. Je vais enregistrer des chansons pour enfants en français, pour un label américain qui veut développer les projets multilingues. Cet album comportera des chansons en anglais, espagnol et français. Les maquettes m'ont été envoyées cette semaine. D'abord j'ai ri, en enregistrant ma voix chantant les folles aventures d'un petit souriceau curieux... Mais la Musique, c'est vraiment un ensemble de choses, et on apprend. Tout le temps. Je suis venue pour ça.

 

Je profiterai aussi de cet espace-temps silencieux pour revenir sur des projets personnels qui dorment dans mes carnets...

 

Maria Teresa, nez qui coule et regard embué, au repos pour quelques jours, m'a regardée déposer mes affaires dans ma nouvelle chambre avec un petit sourire tout malade. Je suis repartie downtown après être descendue lui acheter des  médicaments. Je la retrouve la semaine prochaine, on a déjà prévu d'aller au restaurant ensemble. On va s'entendre, c'est comme une évidence.

 

Je quitte donc ma grosse pomme d'amour pour mieux la croquer encore, en y revenant.

Il y a encore tant de choses à faire encore, tant de personnages à rencontrer, encore...



Tuesday Jan 15th

Après un grand tour de pur régal chez Barnes and Noble, sur la cinquième avenue, puis dans les petites boutiques de souvenirs, j'ai trouvé des cadeaux pour mes cousins. 

Trois heures de bus plus tard, me voici dans l'état du Maryland, à Bethesda, une petite ville à quelques kilomètres au nord-ouest de Washington D.C.

Cyril, Tania et Salomé m'accueillent joyeusement autour d'un bon repas. 

On a des milliers de choses à se raconter... 

Les jours qui viennent vont me permettre, outre le studio et le travail perso, de découvrir la capitale des Etats-Unis, chose à laquelle je ne me suis pas vraiment préparée... 

Une liste des choses à voir en priorité commence à s'établir... Il y a le Capitole, la Maison Blanche, ça va de soi, puis d'immenses musées, le National Museum of American History bien sûr, et l'Obélisque, et le Lincoln Memorial et le Wall That Heals et le quartier de Georgetown le long de la rivière Potomac et surtout, surtout le Blues Alley ...

Il faudra faire des choix...



Tania fait de magnifiques photos. Cela fait des années qu'elle souhaite créer son blog.

On va s'y atteler, ensemble.

La semaine prochaine, Luc et Aurélien (voir billet du 1er janvier) sont de passage à New York pour quelques jours et je veux leur faire un accueil digne de celui qu'ils m'avaient réservé à Montréal, cela se prépare aussi...

Petit programme en perspective, donc...







 

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