Wednesday January 16th 

New York est un autre monde, un monde à part.

Je m'en doutais un peu mais je le réalise pleinement aujourd'hui.

Depuis trois semaines, je vis dans une jungle de tours, dans le ventre gargouillant d'une bête de ferraille, levant sans cesse les yeux, émerveillée par son squelette métallique...

Et là... Washington D.C.

Le calme.

De longues avenues bordées de chemins, des écureuils, de vastes parcs remplis d'arbres centennaires.

Une lenteur, une nonchalance... 

​En 1910, le congrès a voté la limitation de la hauteur des bâtiments, aucun d'entre eux ne devait dépasser le Capitole. Ainsi, aujourd'hui aucun immeuble n'excède douze étages... La voûte du ciel réapparaît. 

Et les gens marchent tranquillement. Il n'y a pas la même urgence, la même effervescence qu'à New York. Pas de taxi jaune en vue, mais de petits restaurants, de jolies maisons aux façades multicolores.

Tania, la femme de Cyril, me fait visiter Georgetown, elle décrit, m'explique... 

On se raconte mille histoires en même temps, on digresse. Sous une petite pluie glacée.

Georgetown est le plus ancien quartier de Washington.

Salons de thé et antiquaires. 



Quelques clichés de Tania, à Georgetown ✩

1/14

Thursday Jan 17th

Didier Prossaird est pianiste, il vit à Washington D.C depuis de nombreuses années.

Il a grandi à Royan mais a pas mal bourlingué après avoir étudié le piano auprès de Boyan Z., entre autres, puis est parti vers St Barthélémy, les Etats-Unis...

Après un passage à New York, il s'est retiré avec sa femme et sa petite fille dans une jolie maison au coeur d'un quartier calme et verdoyant de Washington.

Il me reçoit dans un super studio, dans le basement de sa maison, on doit faire le tour des morceaux, faire le point ensemble sur la session d'enregistrement à venir.

On se raconte un peu nos vies, aussi.

Passionné de World Music, il a créé le groupe de salsa Sin Miedo qui a une super réputation, ici.

Il est aussi présent sur d'autres projets tel que 

​Whistlefritz est un label qui cherche à développer des programmes pédagogiques multilingues pour enfants. Ce sont des chansons et des saynètes très courtes et sans traduction qui permettent aux tout-petits d'intégrer une langue étrangère, doucement, naturellement.

Un premier album-DVD est sorti en espagnol il y a quelques années. Il a reçu de nombreuses récompenses et la production voudrait lancer le même projet, en français cette fois. 

 

Demain et mardi prochain, juste avant de rentrer dans ma chère Pomme, je vais enregistrer douze morceaux qui apparaîtront sur cet album. C'est très drôle, je n'ai jamais fait ça.

M'entendre chanter, sur un rythme zouk ... :

Voici l'heure de ranger, lève-toi et viens aider

Il est temps de tout ranger, nous allons commencer 

On va ranger ici, on va ranger là-bas...

... me fait toujours un drôle d'effet. Vraiment.



Mais je suis ravie d'entreprendre un petit projet tel que celui-là. Le studio est toujours un aspect très exigent de la formation musicale, Didier est encore une belle rencontre, il a vécu tant de choses que je pourrais écouter ses histoires pendant des heures, et puis grâce à ce projet je pourrai avoir un peu d'argent de poche pour aller voir de jolis concerts à New York, ou m'acheter de jolies chaussures, ou faire un super restau, ou ... bref, il faudra choisir...



En partant, il m'offre deux cds de son groupe.

Dehors, les sirènes de la ville se déchaînent: alerte à la tempête de neige imminente...

Saturday Jan 19th

 

Je passe un moment près de Salomé qui joue du piano. Elle interprète Skyfall et Someone Like You d'Adele avec une facilité déconcertante et regarde mon Zoom avec une moue interrogative...



Tania et Cyril, en parents admiratifs, applaudissent à tout rompre.

Grande artiste, Salomé (13 ans) se prête même à une courte interview... A la question "Qu'est-ce qui est le plus important pour toi lorsque tu t'assieds au piano ? " Elle répond...



Je suis dans une famille, une vraie. Une famille-cocon. Une famille dans une maison, avec une cheminée.

Un frigo plein et des biscuits dans les placards...

Forcément, la mienne me manque beaucoup.

   ✩

Après une longue après-midi d'enregistrement avec Didier, on a droit au plateau télé du samedi soir, devant un vieux James Bond. The Spy Who Loved Me... Royal.

Tajine et Tiramisu...

Dehors, froid glacial. Mais toujours pas de tempête en vue.

Demain, on part en expédition du côté de Mount Vernon, en Virginie, résidence de George et Martha Washington.

Encore une visite qui pourra peut-être faire l'objet d'un cours, un jour...

Lundi, journée Barack. 

Mardi, les enregistrements prendront fin.

Je rentrerai chez moi dès mercredi matin. 

La Concrete Jungle chuchote au loin... Son appel est délicieux, et irrésistible... 

 

Sunday Jan 20th

Dehors, une clochette tintinnabule.



*           *           *

Elle est assise sur une sorte d'estrade aux lattes de bois irrégulières, dans une pièce ovale où perce la lumière pâle des après-midis d'hiver.

Grains de poussière dans un rayon de soleil...

Son rocking-chair grince et l'étoffe de sa robe, en taffetas bleu nuit, bruisse par moments. 

Assise près d'elle, micro tendu, je viens de lui demander de parler de la personnalité de Washington...

Son oeil frise et sa verve emporte l'auditoire. Elle semble regarder à travers le temps qui passe, elle raconte comme j'aime, avec des silences et des soupirs.



Elle s'appelle Mary Wiseman et elle est là, sur cette chaise, depuis sept ans. Mais je ne le sais pas encore. Pour moi, elle est Martha Washington.

Et elle s'engage dans son récit avec un tel talent et une telle conviction qu'en quelques secondes,  j'oublie qu'elle est comédienne.

Nous sommes le 20 janvier 1798, sur les bords du fleuve Potomac, à Mount Vernon, résidence du président Washington et de son épouse Martha. 

 

Les quelques personnes présentes dans cette annexe de la célèbre demeure sont plongées dans son récit, connectées au passé.

Plus un bruit, juste une histoire.



Le story-telling, ça marche toujours... C'est une technique infaillible, car elle reconnecte les auditeurs à leur enfance, il paraît. Il y a ce bien-être, cette sérénité dès les premiers mots.

"Il était une fois..."

 

 

Mary Wiseman sait cela, elle le maîtrise à la perfection. Elle a passé des années à étudier son personnage, a lu toute sa correspondance.

Et je suis emportée. L'histoire des Etats-Unis, racontée par elle, devient un moment de pur bonheur... 



Je ne suis pas là en critique. 

J'observe, juste.

Le patriotisme américain dans toute sa splendeur.

Son récit est solennel, emphatique.

Les drapeaux claquent au vent. La ferveur se lit dans les yeux des visiteurs, toutes origines et générations confondues. Ce lieu, cet homme, ce  pays sont vénérés.

Et cet état-continent ne cesse de clamer sa fierté.

Un martèlement continu.

Une nécessité de cohésion pour un pays si vaste?  

Tout cela m'intrigue. J'avoue n'avoir jamais ressenti une si grande fierté quant à mes origines.

Alors, j'observe, et je m'interroge...