January
Tuesday Jan 1st



Luc Allières et Aurélien Tomasi.

 

Un guitariste, un saxophoniste.

Deux musiciens passionnés et pétris de ce vieux jazz de la Nouvelle-Orléans, celui qui mélange le noir, le blanc, le créole, en laissant de la place à chacun. De ce Jazz qui pleure puis rit, et crie puis murmure...

Deux musiciens Toulousains discrets et souriants, qui veulent partager l'intensité qui les habite,  par delà les océans...

 

Nous nous sommes rencontrés à Toulouse l'été dernier. Nous avons beaucoup joué ensemble, de la rue des Filatiers au Rest'Ô Jazz en passant par la petite Gouaille, la prairie des Filtres, la rue de la Pomme... et même la cour du Lycée St Sernin.

Et demain matin, je prends un bus pour les rejoindre.
Sept heures de bus à travers le Vermont pour aller retrouver mes amis..., pour la Musique, pour chanter avec eux des standards d'un temps lointain. Robe vintage, fleur dans les cheveux.

Le Québec. 

-20°C.

...

 

Wednesday Jan 2nd

 



Le taxi qui me dépose devant la gare routière de Port Authority en ce mercredi 2 janvier est un très vieux monsieur coiffé d'une grande kippa. On échange quelques mots. Il parle le Bengali, sa langue d'origine, et pour me montrer, enchaîne fièrement de petites traductions. "Do you know how to say "good morning" for example? ". "No, show me! "

Ses yeux sourient dans le rétroviseur...

Je descends de la voiture, il me lance une phrase incompréhensible, je reste perplexe sur le trottoir. Il rit en poursuivant " It means, God bless you, have a good time here! "  

Je lui fais un signe d'au revoir avant de m'engouffrer dans la foule.

Bien. Une bénédiction, une! 



Port Authority est un labyrinthe de couloirs interminables... mais je finis par trouver celui du 26, l'énorme bus qui m'emmènera jusqu'à Montréal. Les passagers sont nombreux.

Lenz se tient à côté de moi dans la file d'attente, casquette vintage et fouloir autour du cou. Il voyage seul lui aussi, rentre à Ottawa après avoir passé les fêtes à New York. Ses bras sont chargés de cadeaux, pour toute sa famille, il dit. Il est conseiller bancaire pour les mortgages. Ici, les prêts hypothécaires sont monnaie courante. Il m'explique.
Puis, il me montre les vidéos d'un gala organisé par son église, il danse le Merengue et la Bachata. Son église?... Forcément, je pose des questions. On fait le voyage côte à côte.

Il y a quelque chose d'un peu magique dans le fait de s'attarder ainsi, le temps d'un voyage, sur la vie d'un autre. Tout y passe, la cuisine, Dieu, le cinéma, les accents, la Musique.

Il est d'origine Haïtienne, et parle créole, portugais, français, anglais et un peu d'italien. Démonstration...

Je ne résiste pas au plaisir d'imiter quelques accents français, m'essayant dangereusement au Suisse... Il éclate d'un rire bruyant et dit "If a guy who speaks like that ever tries to rob a bank, nobody's gonna take him seriously..."

On parle du site, de la démarche, des décisions…

Lorsqu'on raconte sa vie à un étranger, souvent, les réponses sont étonnantes. 



Un très court instant, une fois à Montréal, je me prends pour Rebecca Manzoni (une de mes idoles) et lui confie mon zoom. Il doit s'enregistrer, dire ce qu'il veut, afin que les lecteurs du site aient un bout de lui, aussi. Il se prête au jeu.

Et, je m'éloigne un peu pour le laisser faire...





Peu après son départ, mes chevaliers en moufles et bonnets sont là.

Nous voilà au beau milieu d'un Montréal tout blanc, déjà plongés dans le récit de nos aventures respectives et s'émerveillant à chaque fin de phrase de se retrouver là...

Restaurant méxicain, serveurs québecquois...

Cet accent est définitivement un de mes préférés.

Demain, une grosse répétition est prévue. Tous les musiciens seront présents.

Douze gars: trombone, guitares, batterie, tompette, banjo, contrebasse, chanteurs, ...réunis pour faire swinguer Le Petit Campus, célèbre salle de concert de Montréal, vendredi 4.

Luc et Aurélien ont créé un partenariat avec la communauté dansante de la ville. On va jouer pour des centaines de danseurs, dont Annie Trudeau, championne internationale de Lindy Hop... C'est un projet très important pour mes deux chums, doucement ils prennent place sur la scène Montréalaise...

Concentration.

Thursday Jan 3rd


Une journée de répétition intense. Entre deux tasses de thé et trois standards, nous nous activons tous autour du répertoire prévu pour vendredi. La maison dans laquelle vivent Aurélien et Luc possède une vaste cave bien chauffée, une caverne d'Ali Baba où trônent guitares, banjos et autres xylophones...

 

Trois autres chanteurs feront également des apparitions sur scène. 

Jean-François Morasse alias Mister Mo partagera quelques morceaux avec moi. Il attaque ces airs d'autrefois avec un phrasé cabossé, une voix brisée, un blues déchirant. 

Maia Leia elle, est une célébrité au Québec. Elle a sorti un single qui a battu des records de vente récemment. On pourrait peut-être la comparer à Zaz, en France.  C'est une petite fée d'à peine vingt ans à la voix d'enfant sage, au look bohème coloré qui sautille en parlant et rit d'un rien.



Louis Levesque est un authentique dandy. Lui aussi a un charisme lumineux et semble vivre dans un univers où coexistent en harmonie pétillante le charleston, le Jazz Manouche et le Swing . Il porte des noeuds papillons au quotidien, joue du banjo, compose des chansons aux textes humoristiques,  et participe régulièrement à des concours du plus beau soulier ici. Il sera aussi en charge de la présentation de la soirée. Costume trois pièces. Un Monsieur Loyal en bonne et dûe forme.



La répétition s'étale sur la journée, déborde sur la soirée, et nous finissons tous sur les rotules, mais autour d'une fondue bien méritée... Suit un boeuf magistral autour du vieux piano. On mélange les instruments, le guitariste se change en contrebassiste et le piano claque sous les doigts du saxophoniste. Les Québécquois chantent fièrement des airs d'ici, les joues sont rouges. Des éclats de rire résonnent dans toute la maison. Puis Etienne, le doigt en l'air, impose le silence et entame Belzébuth...



Nous sommes prêts. Je crois.

Saturday Jan 5th

The dew is hanging diamonds on the clover, The moon is list'n'ing to the nightingale.
And while we're lost in dreams, The world around us seems like a Lou'siana Fairy Tale.
The breeze is softly singing thru the willows, As hand in hand we stroll along the trail.
And love is at its height, enchanting us tonight, Like a Lou'siana Fairy Tale.
Is it real, this fascination? Are my arms holding you fast?
Are we here, on a plantation, or can this be heaven at last?
Keep dreaming with your head upon my shoulder, And don't awake until the stars grow pale.
The world is at our feet, the picture is complete, Like a Lou'siana Fairy Tale.

Mitchell Parish, Haven Gillespie and Fred Coots -  1935


Le concert d'hier n'a duré que le temps d'un soir. Il n'y aura pas de prochaine fois. C'était un one shot.

Un instant unique. Tout le monde le savait dans les coulisses.
Luc va reprendre sa route d'homme libre et mettre les voiles pour la Nouvelle-Orléans dans quelques jours, Aurélien poursuivra ses projets à Montréal, je rentre à New York demain matin...
Il fallait saisir la magie du moment. Vivre ces quelques heures pleinement.
 

Que dire...
 

Les images parleront d'elles-mêmes. On y entend les pas des danseurs, venus si nombreux, les glissandi du trompettiste, la poésie de Louisiana Fairytale, on y voit les rires, les étreintes, on y sent la complicité fraternelle de Luc et Aurélien, on imagine tout le chemin qu'ils ont parcouru depuis la manche du samedi après-midi, rue des Filatiers. On perçoit l'écoute des musiciens entre eux, et la place qu'ils se laissent.
 

Un concert est toujours un apprentissage, qu'il ait lieu dans le métro, dans le hall d'un hôtel, dans une grande salle ou une cave…On apprend toujours, sur l'humain, et sur le métier.
Celui d'hier soir m'a encore confortée dans l'idée que la fraternité, l'écoute et l'humilité sont les clefs universelles de l'harmonie...

1/16

Luc Allières

Aurélien Tomasi

Etienne Miousse

Marc-André Jeaurond

Jean-Francois Morasse

Etienne Dextraze

Louis Levesque

Maia Leia

Fabien Dreuil

Maxime Philippe

Frédéric Barbe

Sandrine Lambin-Gagnon