Monday Jan 21st

What binds this nation together is not the colors of our skin or the tenets of our faith or the origins of our names. What makes us exceptional – what makes us American – is our allegiance to an idea, articulated in a declaration made more than two centuries ago:

 

“We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable rights, that among these are Life, Liberty, and the pursuit of Happiness".

Today we continue a never-ending journey, to bridge the meaning of those words with the realities of our time.



Barack Obama's inaugural speech, January 21st 2013

 

C'est le silence qui m'a frappée, en premier.

Une capitale déserte, de longues avenues totalement vides, on entend l'eau du fleuve et le vent dans les arbres...

Puis, soudain, le Lincoln Memorial, et des dizaines de milliers de personnes rassemblées, debout, dans le silence.

Un silence de lieu sacré, de jour sacré...

Je suis au coeur de Washington. National Mall. 11h30.

Nous arrivons en vélo après vingt kilomètres sur les bords du fleuve Potomac.

Le froid nous saisit, mais personne ne bouge...

 

Puis, une clameur qui vient de loin.

La Maison Blanche est à moins d'un kilomètre et les cris nous parviennent...

Sur l'écran géant, Barack Obama, 44e président des Etats-Unis apparaît, et la foule l'acclame.

Michelle Obama et ses filles déclenchent elles aussi une vague d'applaudissements.





Je n'ai jamais vu pareille vénération pour aucun personnage public. 

Cet engouement me fascine. 

Je n'ai jamais cru en la politique. Elle me déçoit, toujours.

Moi, je crois en l'Education, l'Art et la Liberté, sans ordre de priorité.

Encore une fois, je suis là en simple spectatrice, en étrangère. Et j'éprouve une joie toute particulière à scruter ces américains qui m'entourent, à les filmer, les photographier...



Barack Obama va parler pendant vingt minutes, dans le silence.

Son discours ne ressemblera à aucun autre, si ce n'est à celui prononcé par Martin Luther King en 1963.

Il y aborde les thèmes de l'égalité et des libertés de tous, et il n'oublie personne.

Il redonne confiance aux américains en vantant leur force à surmonter la crise.

Il semble déterminé à protéger chacun et chacune.

Il exprime sa volonté de préserver la planète.

Il refuse la guerre, célèbre le pacifisme.

Ses phrases portent un espoir, quelque chose de profondément optimiste et positif.



Liesse.







Photographies Ⓒ Tania Carcy

Tuesday Jan 22nd

Dernière journée à D.C. 

De la concentration pour une matinée d'enregistrement.

Douze morceaux figurent sur l'album. Il nous en reste sept à enregistrer. En deux heures.

Ah, on faisait la fortiche! On se disait que chanter "Il pleut, il pleut, ça mouille" ça ne devait pas être bien compliqué... Enfin, c'est bon quoi, on connaît...

Comme l'on se détrompe vite! Les choses les plus simples sont bel et bien les plus difficiles à exécuter.

De toutes petites notes... De jolies harmonies... Le sourire dans la voix... Imaginer que l'on chante pour des enfants de trois ans...



Et puis, donner de la voix à dix heures du matin, toutes les chanteuses adorent.



Forcément, à trop vouloir bien faire, on en oublie les émotions pures, celles de l'enfance et du rêve joli, celles que l'on ressentit soi-même, au cinéma, pour la toute première fois, lorsque, cordes vocales déployées, on voulut accompagner Mary Poppins, encore elle, dans son  Supercalifragilisticexpidélilicieux.

L'erreur.



Mais l'on se reprend, on respire. Didier sourit et Heidi, la directrice du label est là, elle regarde.

Elle est assise juste à côté du micro...

Le studio reste véritablement l'épreuve ultime. Pas de tricherie possible. La voix dans son plus simple appareil. Le moindre petit fléchissement sur une syllabe trop nasalisée et l'on refait la prise. 

 

Tout se passe bien, pourtant. Heidi est satisfaite. Contrat signé. Chèque en poche.

Mais pour le reste: être satisfaite de soi-même...

Autant se mettre en quête du Graal, de la perle au fond du Pacifique, de l'inaccessible étoile...

Wednesday Jan 23rd

Cette ville ne cesse de m'impressionner.

Y revenir, après plusieurs jours d'absence fait naître en moi une émotion étrange.

Awe, comme on dit en anglais...

(Et j'assume ici totalement le Jean-Claude Van Damme qui sommeille en moi...)

Un parfait mélange d'émerveillement et de stupeur...

New York m'a manqué, comme une personne.

 

J'ai une envie folle de la retrouver. Et à la fois, un peu peur.

 

Je la regarde, derrière la vitre embuée du bus. Cité debout.

On croirait un mirage, au loin.

Avec tous les rêves qu'elle suscite, on a envie de la posséder, comme une conquête...



Perdue dans mes pensées, je réalise alors le spectacle qui s'offre à moi,

et sors rapidement mon appareil photo. 

Derrière moi, il y a un couple de personnes agées.

La dame est belle, ses cheveux sont très blancs, noués dans un chignon.

Lui porte un costume à carreaux et de petites lunettes.

Ils sont montés à D.C., comme moi.

Ils se parlent en hébreu, je les écoute de temps à autre... 

Le monsieur me regarde alors puis demande " First time here ? "

Non, non, je réponds en souriant...

En somme, je ne me lasse pas de cette ville.



The more I travel

Across the gravel,

The more I sail the sea.
The more I feel convinced to the fact,
New York's the town for me.
That crazy skyline
Is right in my line,
And when I'm far away,
I'm able to bear it for several hours
Then I brake down and say.

Take me back to Manhattan,
Take me back to New York.
I'm just longing to see once more
My little home on the hundredth floor!
Can you wonder I'm gloomy?
Can you smile when I frown?
I miss the east side, the west side 
the north side, and the south side.
So take me back to Manhattan,
That dear old dirty town!



From the musical Anything Goes, composed and written by

Cole Porter in 1934.





Thursday Jan 24th

Le sourire fatigué de Maria Teresa m'attendait juste derrière la porte.
Pendant mon absence, elle a été très malade. Elle a même dû aller à l'hôpital.

Elle n'a pas d'assurance, son hospitalisation lui a coûté un mois de salaire.

Ici, on redoute de tomber malade.
Pendant qu'elle était à l'hôpital, le moteur du frigidaire a brûlé... Pas de dégâts dans l'appartement, mais un frigo hors service.

La propriétaire doit en faire livrer un neuf. En attendant, nous avons donc une jolie petite glacière sur l'escalier de service...

Toutes les deux, on bavarde et on se marre. Nos rires résonnent, on se parle fort, d'un bout à l'autre de l'appartement.

La semaine prochaine, Maria a deux jours de congés. On va aller se balader.

Puis on fera une séance de photos et d'enregistrements, l'idée que je parle d'elle sur le site l'enchante!

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La nuit a été agitée. Course poursuite sous ma fenêtre. En pyjama sur la pointe des pieds, le front contre le carreau glacé...
Les pneus crissent, les insultes fusent, puis les sirènes. Mince, j'oublie d'enregistrer...
Le quartier de Jean est bien loin...
Je regarde la scène avec la curiosité aiguisée de l'anthropologue. 

 

Harlem. La nuit.



Au petit matin ensoleillé , je suis allée courir dans le quartier. Le calme était revenu. 

Plus tard, en faisant les courses, j'ai remarqué que je faisais maintenant partie de la minorité visible.

J'aime bien ça, j'apprends, je pense à mes élèves de Sarcelles et Bellefontaine, à l'intégration, la diversité, l'Autre, et toutes ces choses qu'on dit...

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Friday Jan 25th

183 West 10th Street.

Une descente d'escalier étroite.

Smalls Club.

Depuis la rue, j'entendais une trompette.

 

Marvin est assis dans un renfoncement, en bas.

Il me regarde m'approcher.

Sur le tableau, au dehors, j'ai lu:



Jam Session 4-7 pm/ No cover

Je lui demande si c'est gratuit, ça veut bien dire ça "No cover"? Absolutely, il répond. Where are you from?

Marvin Wildstein a le regard pétillant, il va rester assis là, toute la nuit. Alors, il est d'humeur bavarde. Moi aussi. Il me parle de Marcel Proust.

Il est juif, comme moi! me dit-il fièrement. Je sens qu'il attend une réaction. Elle ne se fait pas attendre.

And do you write as well as he did, then?

Moi qui l'aime tant, Marcel. Il me tend alors un petit carnet à spirales. Mes poèmes!... lance-t-il. 

J'ai envie de rire. Je voudrais le chambrer un peu, mais je n'ose pas. Il a l'air d'un petit gars en mal de reconnaissance.

Dans la salle, j'entends les musiciens se mettre en place... 

​

Je lis un poème de Marvin, puis lui rends son oeuvre. Il hausse les sourcils, un petit sourire en coin. Ce type est drôle. Je le remercie puis jette un regard furtif vers la salle. Il me demande si je vais rester longtemps ce soir, ça joue jusqu'au petit matin.

I don't know, yet.

Et qu'est-ce que vous faites en France?... Vous reviendrez un autre soir?... New York vous plaît? I was born here, you know... How old are your pupils?

Are you married?
D'humeur bavarde vraiment, Marvin...

 

Marvin Wildstein a beaucoup d'allure. Il est assis paresseusement dans un petit fauteuil, une main dans la poche. Il porte une chemise beige, une cravate au noeud négligé, un pantalon bleu marine un peu trop large pour lui, ses cheveux sont soigneusement peignés en arrière. J'adore son accent. Et, il m'écoute avec une attention toute particulière. 

Il a au moins quatre-vingt ans.





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Me voici donc au milieu d'une jam, un verre de cranberry juice à la main -- je pense à The Departed, et à Martin Scorcese en le commandant...

Les musiciens se relaient sur scène et interprètent des standards de jazz, les transformant à leur guise...



L'ambiance est... masculine.

Des virtuoses qui se tirent la bourre. Je les observe, je crois bien qu'ils veulent tous gagner. On se coupe la parole dans les chorus et on s'adresse des regards de combattants. Je lis le stress de ceux qui n'osent pas se lancer, qui fixent leur saxophone comme un partenaire qui n'aura pas droit à l'erreur. Ça me déçoit un peu. 

Mais ça recommence demain.

Je reviendrai.

D'une jam à l'autre, tout peut changer...

1/5

En rentrant, je me suis perdue dans le métro. Mauvais train. Mauvais sens.

J'ai mis très longtemps à m'en rendre compte.

J'écoutais un podcast de Rebecca Manzoni... Elle interviewait alors Alexandre Astier. Irrésistible. 

Presque seule au fond d'une rame, je finis par comprendre que je suis quelque part dans le Bronx...

Je descends. Fébrile.

Sur le quai, un type rappe tout seul. 

Dehors, la neige tombe, les courants d'air du métro me glacent.

Je ne retrouve plus mon chemin.

Petit stress.

Après quatre changements infructueux, me voilà enfin de retour dans mon quartier.

Demain, je ne me tromperai pas.